Superprofits pétroliers : l’Europe tâtonne, la France traîne des pieds

Alors que les prix à la pompe s’envolent en Europe, les compagnies pétrolières affichent des profits record — jusqu’à +6 650 % pour certaines. Plusieurs pays européens (République tchèque, Portugal, Allemagne) ont décidé de taxer ces « superprofits », quand la France, elle, temporise. Décryptage d’un mécanisme économique bien identifié, et des obstacles fiscaux qui ont déjà fait échouer une première tentative de taxation en 2022-2023.

Le choc des chiffres, d’abord. 

Pendant que les automobilistes français rongent leur frein devant des prix à la pompe qui s’envolent, les compagnies pétrolières, elles, vivent une année faste. La marge de raffinage a triplé en un an. TotalEnergies affiche 11,4 milliards de dollars de résultat net semestriel, en hausse de 47 %. Glencore a vu ses profits bondir de… 6 650 %. Et pendant ce temps, le groupe français promet à ses actionnaires des dividendes en hausse et des rachats d’actions à hauteur de plusieurs milliards.

Un mécanisme bien identifié. 

Rien de mystérieux là-dedans : quand une crise (ici, l’attaque américaine sur l’Iran et la désorganisation du trafic maritime qui s’ensuit) fait grimper les prix plus vite que les coûts de production, les profits explosent mécaniquement. Les économistes appellent ça des « profits d’aubaine ». La crise de 2022-2023 avait déjà donné le même résultat : profits triplés pour les cinq plus grandes majors privées.

L’Europe se mobilise, la France observe. 

République tchèque, Portugal, débats vifs en Allemagne et en Italie : plusieurs pays bougent pour capter une partie de cette manne. La France, elle, botte en touche — un communiqué gouvernemental affirme que les marges de distribution seraient « équivalentes à celles d’avant-crise », et une mission flash parlementaire vient tout juste d’être lancée.

Pourquoi la taxe précédente a fait pschitt. 

L’épisode 2022-2023 est éclairant : l’UE visait un rendement de plusieurs milliards en France, le gouvernement promettait 200 millions. Résultat réel : 69 millions d’euros. La raison ? L’organisation fiscale des groupes pétroliers transforme la France en simple « centre de coûts » : les profits sont déclarés ailleurs, notamment aux Pays-Bas, où TotalEnergies ne pèse que 1 % des ventes européennes mais capte 20 % des impôts payés dans l’UE — légalement, via les prix de transfert entre filiales.

Les pistes qui tiennent la route. 

De nombreux chercheurs et économistes convergent vers deux solutions crédibles : soit une taxation mondiale des profits avec redistribution selon le poids de chaque pays dans les ventes (logique proche de l’impôt mondial minimum de l’OCDE, mais appliquée au secteur énergétique qui en est aujourd’hui exclu), soit une taxe européenne ciblant l’ensemble des filiales du continent plutôt qu’un seul pays isolé — pour éviter l’évitement fiscal qui a plombé le dispositif français.

Le vrai enjeu, au fond. 

Taxer les superprofits ne réglera pas la crise énergétique elle-même : son coût se chiffre en centaines de milliards, les superprofits plutôt en dizaines. La mesure reste donc jugée « indispensable mais insuffisante » — la vraie sortie de crise passera par la réduction de la dépendance au pétrole, via sobriété et transition énergétique.

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