Le 21 septembre, Raphaël Glucksmann était l’invité de France Info. Voici une synthèse de ses propos, analyses et propositions.
Face à la flambée des carburants, des aides ciblées plutôt qu’universelles
Avec un gasoil à 2,41 € le litre en moyenne et une crise durable annoncée pour l’automne, la question des aides carburant revient au centre du débat. Raphaël Glucksmann refuse le blocage généralisé des prix ou la baisse uniforme des taxes — des mesures qu’il juge coûteuses et régressives, profitant autant « au bourgeois en SUV » qu’aux ménages modestes. Il cite l’exemple hongrois : le blocage des prix décidé par Orbán a dû être abandonné après six mois, sous peine de pénurie.
Sa proposition : tripler le chèque énergie, de 150 € à 500 €, versé automatiquement aux bénéficiaires actuels et élargi aux classes moyennes. Cible prioritaire : les actifs dépendants de leur véhicule — auxiliaires de vie, infirmières libérales, bénévoles associatifs, « gros rouleurs ». Emmaüs France a d’ailleurs témoigné que certains bénévoles ne peuvent plus se déplacer.
Le financement ? Une taxation des superprofits des groupes fossiles, idéalement décidée à l’échelle européenne. Glucksmann reproche au gouvernement français de freiner cette initiative — pourtant soutenue par l’Espagne socialiste et l’Allemagne conservatrice — pour ne pas « heurter » Total et son PDG Patrick Pouyanné. Sur le faible rendement de la taxe déjà en vigueur (69 M€ collectés en 2022 contre 200 M€ attendus), il pointe un choix délibéré d’application a minima côté français, plutôt qu’un problème structurel du dispositif.
Sécurité : une Russie qui mène une guerre hybride contre l’Europe
Sur le volet sécuritaire, le ton se durcit. Raphaël Glucksmann qualifie la menace russe de véritable terrorisme d’État, citant une action attribuée à Moscou visant l’aéroport de Leipzig avec l’intention de faire des morts. Il balaie les critiques qui y voient une « opération de communication » et défend le maintien de l’aide à l’Ukraine — non par pure solidarité, mais comme un impératif de sécurité collective : toute faiblesse affichée encouragerait l’agression, pas seulement de l’Ukraine, mais aussi de l’Europe.
Budget : la ligne rouge des mesures « régressives »
Sur le budget de l’État, Raphaël Glucksmann critique les pistes évoquées par le gouvernement — 54 milliards d’économies, gel du point d’indice, coupes dans les APL — qu’il juge injustes : elles feraient « payer les plus fragiles », malades et locataires compris, en épargnant les plus aisés. Son mot d’ordre : « zéro tabou », y compris sur la taxation des hauts patrimoines et des superprofits.
Il resitue le débat dans la durée : dix ans de gestion ayant, selon lui, produit 1 000 milliards de dette supplémentaire tout en sous-investissant dans l’hôpital, l’école, la justice et la transition écologique. Sa position sur une éventuelle motion de censure reste conditionnelle : il attend la « copie finale » du budget avant de trancher, prévenant que si elle rejoint les pistes évoquées dans un entretien au Figaro, il la jugera inacceptable.
Fiscalité : taxer l’héritage pour augmenter les salaires
Proposition phare de l’entretien : faire baisser la CSG (un impôt, rappelle-t-il, et non une cotisation) pour augmenter le salaire net, à hauteur de +120 € par mois pour un salaire de 2 000 €. Le financement viendrait d’une taxation renforcée des « méga-héritages » (au-delà d’un seuil situé à plus de 2 millions d’euros, soit les 1% les plus riches) et d’une révision du pacte Dutreil, dispositif qu’il juge aujourd’hui détourné de sa vocation initiale de protection des PME et ETI.
Rendement visé : 15 milliards d’euros par an, en ciblant le 1 % des successions les plus importantes. Face à l’objection de l’OFCE, qui estimerait nécessaire de taxer plutôt 5 à 10 % des plus gros héritages pour atteindre un tel montant, Glucksmann maintient que la combinaison « méga-héritages + réforme Dutreil » suffirait.
Sa justification va au-delà du chiffrage : avec 9 000 milliards d’euros de transmissions attendues dans les prochaines années, et un patrimoine aujourd’hui composé pour deux tiers d’héritage contre un tiers de travail (un rapport inversé par rapport à il y a cinquante ans) il alerte sur le risque d’une « société de privilèges » et appelle à « redevenir une société de travailleurs ».
La primaire de la gauche (PS/Place publique) se tiendra les 9 et 10 octobre, avec inscriptions possibles jusqu’au 5 octobre.
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