Nous assistons à un emballement du nombre d’arrêts maladie en France. La réponse du gouvernement : s’attaquer d’abord au symptôme plutôt qu’aux causes.
Dans le cadre d’un « Plan de réduction de l’absence au travail » présenté le 9 avril, l’exécutif met en avant le coût croissant des indemnités journalières, estimé à 18 milliards d’euros par an, avec une hausse de 45 % depuis 2019 et une progression annuelle qui se poursuivrait au même rythme. Pour les ministres concernés, cette dynamique est jugée « insoutenable » pour les finances publiques et pénalisante pour les entreprises, qui doivent gérer les remplacements, les réorganisations, les surcharges de travail et la baisse de motivation des équipes.
Cependant, la hausse des dépenses n’est pas un bloc homogène. Une part importante s’explique par des facteurs structurels, au premier rang desquels l’augmentation des salaires et le vieillissement de la population active. Les personnes de plus de 50 ans ont ainsi représenté près de la moitié des indemnités versées l’année précédente. Mais le gouvernement insiste sur un « reste » qu’il juge plus difficile à justifier et associe à des prescriptions d’arrêts maladie trop longues ou mal accompagnées. L’argumentation officielle met en cause des situations où l’arrêt s’installe, sans suivi ni parcours de réadaptation, et où le retour au travail devient plus compliqué.
Sur cette base, l’exécutif annonce une série de mesures centrées sur le contrôle et le cadrage des arrêts. D’un côté, il entend mieux outiller les médecins prescripteurs et favoriser une coopération entre médecins traitants, médecins-conseils de l’Assurance maladie et médecins du travail, coopération qui, selon la ministre, reste aujourd’hui insuffisante. De l’autre, il renforce les dispositifs de surveillance et cherche à encadrer davantage certaines pratiques. Parmi les pistes évoquées figurent notamment, à partir de septembre 2026, une limitation de la durée initiale des arrêts de travail à un mois, avec un renouvellement plafonné à deux mois, afin d’imposer un suivi plus rapproché.
Certaines entreprises présentant des taux d’arrêts jugés « atypiques » seraient ciblées. Environ 1 000 entreprises identifiées comme ayant une sinistralité anormalement élevée se verraient proposer une démarche d’amélioration via un dialogue avec les ressources humaines. Si, au bout de trois ans, les indicateurs restent considérés comme suspects, un signalement au ministère du Travail pourrait être déclenché.
Cette logique s’accompagne d’un durcissement du contrôle des téléconsultations débouchant sur des arrêts, ainsi que de la montée en puissance de télécontrôles réalisés par l’Assurance maladie. Les arrêts de très longue durée, ceux liés à un accident du travail ou à une maladie professionnelle sur des périodes prolongées, et le « nomadisme médical » font partie des catégories explicitement visées.
Un point symbolique est mis en avant : la création d’un « bouton d’alerte » permettant aux employeurs, en un clic, de saisir plus rapidement la Cnam en cas de suspicion de fraude. Présenté comme un moyen d’accélérer les contrôles et de rendre les procédures plus réactives, cet outil suscite une réaction immédiate des organisations syndicales. Les syndicats dénoncent une logique de suspicion et de stigmatisation des personnes en arrêt, et conteste l’idée qu’un employeur puisse jouer un rôle quasi-déclencheur dans un processus qui touche à l’évaluation médicale.
Au-delà des annonces, il existe un angle mort de cette stratégie : la détérioration des conditions de travail. De nombreuses mesures de limitation des arrêts maladie sont déjà en place, sans que la sinistralité cesse d’augmenter. Cette progression est à relier à des facteurs plus profonds, comme l’usure professionnelle, la mauvaise qualité du management, les accidents du travail et les maladies professionnelles, ainsi que l’explosion des risques psychosociaux. La santé mentale représente plus de 20 % des dépenses liées aux indemnités journalières. On peut aussi pointer les difficultés d’accès aux soins, aggravées par les déserts médicaux, qui compliquent la prise en charge et les trajectoires de retour à l’emploi.
Deux approches s’opposent : une réponse principalement coercitive, centrée sur le contrôle des individus et le soupçon de fraude, et une politique de prévention qui s’attaquerait aux causes organisationnelles et sanitaires des arrêts.
Une conclusion s’impose pourtant : sans amélioration concrète des conditions de travail, les restrictions et contrôles risquent de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.

